La presse gratuite ne l'est pas pour tout le monde : elle est payée opar les annonceurs. Dans un seul but : récupérer notre "temps de cerveaux disponible", selon la formule désormais consacrée.On se souvient de l'émotion des éditorialistes de certains grands quotidiens nationaux, à l'arrivée des gratuits en France. « Vos quotidiens, et spécialement les quotidiens nationaux, sont des machines à produire de l'information... », s'était enflammé Serge July. « Ces équipes avec bureaux et envoyés spéciaux... ont un prix. C'est celui que vous payez lorsque vous achetez vos quotidiens ». Et oui, ce n'ests pas gratuit.
Le travail, c'est de l'argent
Comme le relève Jean-Louis Sagot-Duvauroux, auteur de "De la gratuité", l'appellation de « gratuit » déresponsabilise, trompe le lecteur. Elle lui fait oublier la valeur des choses ; oublier que l'information coûte du temps et de l'argent. Car ces journaux gratuits sont un exemple typique de « fausse gratuité ».
Le journal gratuit n'est pas payé par le lecteur mais par les annonceurs. Au bout du compte, ce journal est payé par les consommateurs des produits dont les annonceurs ont vanté les mérites dans le journal. « La leçon à retirer est que tout ce qui a un coût de production n'est pas et ne peut être gratuit. Quelqu'un doit payer le prix. La fausse gratuité consiste juste à trouver une bonne mule qui endosse le fardeau du coût".
Les annonceurs sont partout
Rendre gratuite l'information aux lecteurs dévalorise cette information. En 2002, Le Monde écrivait : « Depuis le 19e siècle, les journaux dépendent principalement de deux sources de revenus : la contribution des lecteurs et l'apport de la publicité".
Aujourd'hui, la « contribution » du lecteur constitue une minorité du cout d'un journal, environ 30% ; soit approximativement le prix du papier. Les journalistes sont donc payés par les annonceurs. A Métro, 20 Minutes, comme à Libé, au Monde, ou au Figaro...
Tous sponsorisés
C'est là où le débat devient gênant. Dans le système économique actuel, c'est bien les seuls annonceurs qui sponsorisent l'information. Qui n'en reste pas moins libre et indépendante. L'arrivée de gratuits ne correspond à rien d'autre qu'à l'extension de ce modèle économique qui régit déjà, la plupart des « machines à produire l'information ».
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