mercredi 28 mai 2008

Le piston est-il une bonne chose ?

Dans un monde du travail concurrentiel, le recours au « coup de pouce » est courant. Mais il peut aussi s’avérer contre-productif s’il est mal utilisé.

Qui n’a jamais fait jouer ses relations pour aider un membre de sa famille ou un ami à décrocher un stage ou un job ? Qu’on le déplore ou non, le carnet d’adresses est devenu le premier mode d’accès à l’emploi. En 2003, 43 % des cadres qui ont changé d’entreprise l’ont fait grâce à leurs relations personnelles, et seulement 12 % en répondant à une petite annonce.

Ne pas confondre « piston » et « cooptation »

« Dans un contexte économique difficile, beaucoup estiment légitime de recommander un proche pour le sortir d’un mauvais pas », explique Maryse Vaillant, psychologue (3). Oui, mais… la mauvaise conscience n’est souvent pas loin. Car utiliser son réseau pour aider un être cher est encore souvent considéré comme tabou et honteux. « Il est naturel et sain de tendre la main
à ceux que nous aimons lorsqu’ils sont dans le besoin",a joute Maryse Vaillant, "mais en aidant un proche à décrocher une place ou un logement, nous agissons au détriment d’une autre personne, qui aurait peutêtre autant mérité ce poste. Le “piston” porte en lui une injustice dont il faut être conscient. »
Il est pour cela nécessaire de faire la différence entre « piston » et « cooptation ».

Plutôt une "mise en relation"

« Le piston est un passe-droit qui suppose d’imposer une personne à un poste pour lequel elle n’est pas forcément compétente. La cooptation est une mise en relation constructive : on met la personne en contact avec une connaissance susceptible de l’aider. Puis c’est à elle de prendre les choses en main et de transformer l’essai », résume Gilles Lacour, consultant en gestion de carrière au cabinet Altedia, spécialisé dans le conseil en management. Bien souvent, chacun y trouve son compte.

Le danger de se faire aider

Mais cette « mise en relation » peut également s’avérer difficile à vivre pour la personne cooptée, ou celle qui la recommande, lorsqu’elle devient source de pression : avoir peur de décevoir, de faire du tort à la personne qui nous a recommandé... qui amène certains à refuser le poste pour lequel ils ont été pistonnés.
Il arrive aussi qu’une personne recommandée pour un poste subisse la jalousie de certains collègues, qui lui collent d’emblée une étiquette d’incompétente.
La cooptation peut également se révéler néfaste pour la personne qui recommande, lorsque son proche ne fait pas l’affaire.

Recommander, oui, mais pas à la légère !

Recommander un proche ne doit donc jamais se faire à la légère.
Que l’on refuse ou que l’on favorise une mise en relation, dans tous les cas, il s’agit de rester à sa juste place. « Coopter une personne, c’est lui ouvrir une porte. Si l’entretien d’embauche
qu’elle a obtenu grâce à nous est un échec, on n’a pas à se sentir coupable », estime Maryse
Vaillant.
Quand le coup de pouce se fait désintéressé et qu’il contribue à construire le lien social, le « piston est alors bien loin ».

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